Jacques Le Rider
<b>Sur la fermeture de l'institut culturel autrichien</b>

Chère Collègue et chère amie,
vous m'avez envoyé votre pétition hostile à la fermeture de l'Institut culturel autrichien que j'ai lue avec intérêt et sympathie. Je ne me joindrai cependant pas à votre initiative pour les raisons suivantes:
- L'Institut culturel autrichien est une institution gouvernementale avec laquelle j'ai décidé de rompre depuis février 2000, malgré mes  liens anciens avec cette maison que j'ai fréquentée depuis le début  des années 1970, depuis l'époque où elle était dirigée par M.  Brunmayr, dont je garde un souvenir ému.
- Son maintien à l'heure actuelle serait une pure hypocrisie  diplomatique. Les relations franco-autrichiennes sont au point mort.  Laissons le gouvernement Schüssel jeter le masque et étaler au grand jour sa francophobie et son animosité anti-européenne. Laissons ce  gouvernement "boycotter" et "sanctionner" la France s'il le désire!
- Maintenir cet Institut à l'heure présente aurait le grand inconvénient de priver le prochain gouvernement post-schüsselien du pouvoir de marquer une rupture avec l'obscurantisme de la coalition ÖVP-FPÖ en annonçant la réouverture de cet Institut et la relance des relations culturelles franco-autrichiennes.

Je propose donc de laisser le gouvernement autrichien mener à bien son projet de fermeture de l'Institut culturel autrichien de Paris. C'est un acte assez déplaisant et assez mesquin pour que personne en France, même pas à droite, n'ose plus prendre la défense ce gouvernement...

Mais envoyons une pétition à tous les responsables de l'opposition démocratique autrichienne (aux socialistes, aux Verts, etc.) pour leur demander de prendre dès à présent l'engagement de rouvrir cet Institut après que l'alternance aura été réalisée et que les bonnes moeurs démocratiques auront été rétablies en Autriche. La seule chose qui devrait être sauvée dans l'immédiat serait la bibliothèque, car le prochain gouvernement autrichien n'aura pas les moyens de reconstituer ce fonds exceptionnel accumulé patiemment depuis trente ans. Réfléchissons donc, avec l'aide de la bibliothécaire de l'Institut culturel autrichien que nous estimons tous, à la manière de préserver ce patrimoine franco-autrichien. Mais ne défendons pas ce gouvernement contre lui-même! Cette démarche serait à mon avis beaucoup plus conforme à l'état des esprits en France: les amis de la culture autrichienne restent fidèles à leur attachement, mais ils ne veulent rien demander ni rien recevoir de l'administration Schüssel que la honte de la coalition avec le FPÖ a irrémédiablement discréditée. J'ajoute que les amis de la culture autrichienne considèrent cette administration comme indigne et comme incapable de conduire une politique culturelle, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays.

<i>Avec mes amitiés.
Jacques Le Rider</i>